Souvenirs indiens… Part#4: Retour à Delhi et Bilan

Souvenirs indiens… Part#4: Retour à Delhi et Bilan

18 avril 2008: Retour à Delhi

Varanasi Railway Station at night
Varanasi Railway Station at night

Le train arrive enfin  à New Delhi Railway Station avec 5h de retard… Il est donc midi au lieu de 7h. Normal. Les rickshaws nous proposent de nous conduire à Main Bazaar pour 100 Rps… Ce sont vraiment les plus gros arnaqueurs de Delhi ! Main Bazaar est à moins de 300m… De l’autre côté de la rue en sortant de la gare et nous y sommes à pieds en moins de 10 min. On y trouve un petit hôtel sympa et propre pour 300 Rps la nuit. On se promène dans le dédale des ruelles entourant Main Bazaar. Je trouve enfin des chaussures à ma taille dans la boutique qui fait face à la ruelle de l’hôtel.

Mes chaussures indiennes!!!
Mes chaussures indiennes!!!

C’est fou le nombre de mouches que trouve dès que l’on sort des « grands axes ». Il fait chaud mais moins qu’à Varanasi… Bonheur ! C’est cool de se balader en plein cagnard : il y a moins de monde dehors et donc on est moins emmerdé !

Le soir, devant la gare, un connard d’indien a une main trop baladeuse en me croisant au niveau d’une voiture de

Main Bazaar
Main Bazaar

Police… Crise ! Je hurle. Monsieur le rattrape, ça gueule, il s’en fout… La Police s’en mêle. En 2 secondes, le connard, en jeans et chemise rose a pris peur et a détalé au milieu des 15 000 hommes en jeans et chemise rose présent dans l’avenue à ce moment précis. Trop tard. Le policier prend l’affaire très à cœur mais ne parle pas anglais… Un gentleman vient donc faire la traduction… Moment magique que de voir mon homme enragé devoir raconter un attouchement sauvage que j’ai subi en pleine rue à un policier et un inconnu très BCBG. Dépôt de plainte imposé – toujours au milieu de l’avenue bondée. Je ne peux pas le faire en mon nom puisque je suis femme, c’est donc Monsieur qui porte plainte pour le fait qu’on ait « touché sa femme »… Grand moment d’humiliation, de frustration, de colère intenses pour moi qui suis (accessoirement) juriste. Je contiens ma rage pour ne pas aggraver une situation déjà que trop rocambolesque.

Après 1h de rickshaw pour traverser Delhi, le temps aux esprits échauffés de s’apaiser, nous retrouvons mon amie. Soirée de quiétude et de calme. Je n’ai jamais autant apprécié la tranquillité. L’Inde ça vous use.

19 avril 2008: « Journée pépère »

MacDo, KFC, Lodi Garden, spectacle de la Fête du Sport à Connaught Place… La misère à Connaught Place est vraiment la pire. Enfants et adultes semblent shootés à la colle, errant le regard vide et la morve au nez. On touche le fond de la misère.

Lodi Garden - Delhi
Lodi Garden – Delhi

20 avril 2008: Visite au Zoo

Le zoo de Delhi est immense ! Le seul problème est qu’il est à moitié vide. Apparemment, tous les félins ne sont visibles que le matin ( ???)… Ce qui n’explique pas tous les « enclos » vides. Sympa quand toi, bon crétin de touriste tu as déboursé 50 Rps par tête, alors qu’un Indien en lâche 10. A l’entrée du zoo, les bêtes de foire ce ne sont pas les animaux… c’est nous.

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Ensuite, nous décidons d’aller voir un film… Tous sont en hindi et la place coûte aussi chère qu’en France. Tant pis ! Fatigués, nous en resterons là. Je suis malade, j’ai pris un coup de soleil sur la bouche et je ne peux plus manger…

Nous rentrons à pieds. C’est bizarre, je n’ai plus rien à faire de tout… Tout m’est égal.

21 avril 2008: Malade

Journée shopping tranquille ! Ça fait du bien ! Il fait super chaud et j’ai un rhume d’enfer dans un pays où les mouchoirs s’achètent en pharmacie ! Merci la clim !

22 avril 2008: Départ J-1

Des sentiments contradictoires m’envahissent. Je suis déchirée. Déchirée entre l’envie de rentrer immédiatement en France et l’envie de rester ici, dans cet autre monde. Ce pays est magnifique. Le problème ce sont ses hommes (pas les femmes !). La météo annonce 41°C aujourd’hui à Delhi, soit 9° au-dessus des normales de saison… Pas grave ! Il fait toujours moins chaud qu’à Varanasi ! Je ne veux pas partir. Je veux fuir. Je veux rester. Je suis paumée. Désorientée.

23 avril 2008: Départ

Réveil à 4h30 pour taxi à 5h pour avion à 9h. Normal.

L’aéroport est plus strict qu’une base militaire. Je pète un câble. Monsieur (qui ne prend pas le même vol) n’a pas le droit de rentrer dans l’aéroport et une fois dedans je ne peux plus sortir… Et on se fait mater par tous les hommes qui attendent notre bisou d’au revoir comme la scène la plus hard d’un film pour adultes… Au moins dans l’aéroport, une fois passé tous les contrôles, je ne me fais plus emmerder…

Survol des montagnes afghanes - Vol Delhi/Frankfurt
Survol des montagnes afghanes – Vol Delhi/Frankfurt

J’arrive à Munich. Plus de sensations, plus d’émotions. Je suis vide et insensible. Il fait apparemment une petite dizaine de degrés ici-bas… Je vais encore choper la crève…

Bilan à chaud :

 Je suis un iceberg, un bloc de pierre, insensible au monde qui m’entoure, ultrasensible à tout ce qui m’habite dorénavant. J’ai trop d’infos, de données brutes en moi qui me perdent. Je suis lost in translation. J’ai tout pris et tout reçu brut. Ma conception de la vie vole en éclat, mon équilibre est bouleversé entre mon vécu et ce que j’ai vu, compris, appris. Je crois que je veux repartir car j’ai soif de savoir. Je veux apprendre encore et surtout comprendre. Comprendre la vie et peut être trouvé un vrai sens à la mienne. Je ne sais pas exactement ce qui a changé en moi, mais je me sens différente. C’est très étrange. J’ai moins peur.

Ici s’achève mon premier voyage en Inde que je vous ai fait partager en 4 parties (la première ici, la deuxième  et la troisième ). Ce voyage a eu lieu de 2008, sur un coup de tête, j’ai saisi une opportunité et j’ai foncé. Vous aurez remarqué que ce récit est finalement assez négatif. En réalité le tableau n’était pas aussi noir, sinon je n’y serai pas retourné en 2009 et 2010! Je vous ai fait partager ici mon carnet de voyage tel que je l’ai écrit à l’époque, sans apporter de modifications. Et je suis obligée de constater que je note surtout ce qui m’énerve plutôt que ce qui m’émerveille.

Ce voyage a mis mes nerfs à rude épreuve, moi la petite française, étudiante en droit (spécialisée droits de l’Homme) à l’époque. Ce pays m’a autant fait rire que pleurer. Autant émerveillée qu’horrifiée. Comme si le « juste milieu » n’existait pas là-bas et que l’on passe en permanence d’un extrême à l’autre. Et même si râle tout au long de mon récit, j’aime profondément ce pays. Toutefois, je ne conseillerai pas à tout le monde d’y aller. L’Inde ça fatigue car nos sens y sont sollicités en permanence: par les gens qui vous aborde, vous suive pour ne pas dire vous harcèle dès que vous mettez un pied dehors; par le bruit; par les odeurs; par l’instinct de survie… Il n’y a pas de « normes de sécurité » comme nous les connaissons en France ou en Occident d’une manière générale. Ce sentiment de « danger » latent et tout le reste provoque un sentiment d’être vivant que je n’ai jamais retrouvé ailleurs.

Et qu’est-ce que c’est grisant de se sentir vivant et libre…

A suivre…

PS: Je vous prie de m’excuser pour la qualité des photos, mais ce sont (pour la grande majorité) les photos que j’ai prise en 2008 avec mon Canon 4M Pixels – ce qui était un très bon appareil à l’époque! Mais forcément aujourd’hui, ça rend moins bien!

Si vous voulez de plus jolies photos de mes voyages en Inde, j’en ai mis ici aussi!

Souvenirs indiens… Part#2 – Jaipur

Souvenirs indiens… Part#2 – Jaipur

10 avril 2008

Il fait chaud. Même le vent est chaud. Après avoir réglé les 60 Rps (0,85€) de droit d’entrée dans l’aéroport, une heure d’attente encore avant de voir débarquer Monsieur.

Le soir, diner au SAGAR à Defence Colony Market où le Thali Veg est délicieux (mais qu’est-ce que ça blinde!). Balade à pieds dans le quartier, photos avec des vaches sacrées. Partout des hommes dorment dans les camions, à même le trottoir… Misère.

Retour à Malviya Nagar où je nous perd… Juste 1h et 40 renseignements après, un jeune homme sympathique nous raccompagne chez nous. Instant d’humanité qui fait beaucoup de bien! Merci!

11 avril 2008

C’est décidé, nous irons à Jaipur, Agra et Bénarès. Passage au Sea & Sky. 2h et 9000 Rps (128€)  plus tard, c’est conclu pour un trip en train d’une semaine à compter du lendemain.

12 avril 2008

Old Delhi Railway Station. 1h d’attente sur un quai bondé à regarder les gosses qui trient les ordures sur les voies et les cracheurs de bétel. Le train arrive, gentille cohue. Où sont nos places?! Le train est bondé, c’est comme à la télé.

OnTheRoad - India
OnTheRoad – India

Après 6 bonnes heures climatisées (bonheur…) au milieu de la campagne indienne, Jaipur nous tombe dessus. Ou plutôt les rickshaw!!! Enfer. Il fait lourd, très lourd, le temps est à l’orage. Trop de chaleur, trop de sollicitations, de bruits, de tout, je panique un peu (beaucoup?). Suivis et guidés par un conducteur de rickshaw, nous nous posons dans une salle tranquille d’un petit resto proche de la gare. Le chauffeur est toujours là nous attendant à l’entrée.

Le premier hôtel qu’on avait choisi dans le Lonely Planet est plein. Nous atterrissons dans une guesthouse un peu miteuse mais raisonnable. Après une longue discussion/négociation, Sabbir sera notre guide-chauffeur pour visiter la ville le lendemain pour 300 Rps (4,30€) la journée. Il a l’air d’un mec cool… Nous voulons sortir mais l’orage éclate. Il pleut des trombes d’eau qui rafraichissent l’atmosphère… Bonheur! Finalement pas de sortie, mais apéro dans la chambre à la bière au collagène. Vive la Kingfisher et Incredible India!

Je commence à me sentir hors du temps et de l’espace… Je commence à comprendre le véritable sens d’avoir « soif » et l’horreur que cela représente. Je me rends compte de la chance que j’ai d’être française, surtout en tant que femme.

13 avril 2008 – JAIPUR

FromHawaMahal - Jaipur
FromHawaMahal – Jaipur

Journée marathon avec Sabbir. Le Hawa Mahal est en travaux, mais ça n’enlève rien à la beauté du palais. Petit détour par le minaret pour une magnifique vue à 360° de la ville. Premiers singes, cobras et bébés pigeons. Nous montons ensuite au Monkey’s Temple puis au Temple of the Sun God.

Le soleil est violent mais une fois là-haut on est au calme. Vue de dessus, Jaipur, petite bourgade de 2 000 000 d’habitants, s’étend à l’infini entre les collines. La « Cité rose » est d’ailleurs plutôt « bleue ». Les singes dévalent les collines et envahissent la ville.

Retour au rickshaw. Nous allons voir les dromadaires et éléphants devant le palais sur l’eau. C’est magnifique!

Le Palais sur l'eau - Jaipur
Le Palais sur l’eau – Jaipur

Direction le marché mongol, chez un fabricant et grossiste de tissus en tout genre et de tapis. Je ne sais plus où donner de la tête! Puis nous enchainons chez un joaillier. Instant mystique. Dans la boutique aux trésors, un « gourou » minéralogiste indo-canadien nous sort nos vies, nos personnalités intimes en 5 minutes et très en détails. Très sceptique envers tout ça j’ai été vraiment troublée. Comment pouvait-il (sa)voir tout ça? Toutes ces choses si précises qui mises bout à bout de relève plus du hasard et de la chance… Mon aura serait bleue comme la mer…

Nous finissons la journée en silence, sous le choc. Demain il faut se lever tôt pour Agra.

A suivre…

Souvenirs Indiens… Part#1 – Le choc d’un autre monde.

Souvenirs Indiens… Part#1 – Le choc d’un autre monde.

7 avril 2008 – Départ pour New Delhi!

Avec un retard de 45 min le jet de la Lufthansa décolle pour rejoindre Munich via Nice et le survol complet des Alpes enneigées sous le soleil. Magnifique spectacle d’1h45.

Atterrissage sur le tarmac, 4°C. Découverte stressée de l’immensité de l’aéroport de Munich. Where is the Gate H44??? L’embarquement se fait lentement mais surement… Il fait nuit, ça parle allemand, anglais, hindi… Décollage!

C’est parti pour 7h de vol via Bucarest, the Black Sea, Tbilissi, la mer Caspienne, les puits de pétrole qui brûlent dans le désert tels de puissants phares oranges dans l’absolu néant. Passage au sud de Kaboul. Le jour se lève sur le Pakistan. L’Inde m’apparait enfin tel un immense carrelage de tomettes cassées, usées dépareillées…

Tout d’un coup, sans prévenir, Delhi surgit. Immense, infinie, la ville blanche s’impose.

DelhiFromTheSky - 2008
DelhiFromTheSky – 2008

Atterrissage réussit. Une odeur d’encens envahit la cabine. Il fait chaud. Il est 7h20 heure locale, 3h50 heure de moi… 400 voyageurs épuisés par cette courte nuit se tassent pour passer l' »immigration control » assuré par 2 officiers dans un aéroport en travaux où il fait 45°C.

L’officier de l’immigration me drague… Le ton est donné. WELCOME TO INDIA!

Récupération de ma valise maltraitée au milieu d’un contingent de casques bleus indiens. Change au Thomas Cook, l’administration régulière présente n’ayant aucune envie de travailler. 18400 roupies en coupures de 100… Pour moi qui n’aime pas le liquide, tout va bien, je vais gérer!

8 avril 2008 – Arrivée à Delhi!

Sortie de l’aéroport international, je retrouve mon amie après m’être faite quasi agressée par les taxis. Je ne réalise pas où je suis et elle m’entraine vers les taxis prépayés (conseils pour l’aéroport de New Delhi).

Direction Malviya Nagar. Le petit taxi noir, sans ceintures, sorti tout droit des années 20 ou 30, roule à toute allure entre voitures, vaches, piétons, rickshaw, vélos, camions… sur une route défoncée. ON VA MOURIR. C’est sûr! Il n’y a que 2 règles dans le code de la route indien: le feu rouge (parfois) et le klaxon. Tu klaxonnes, tu fonces et tu t’imposes. Bordel indescriptible et pourtant imperceptiblement organisé. J’ai très peur. Entré dans Delhi, frappée par la saleté indescriptible des rues, le chaos, les odeurs, le bruit… Les vaches sacrées qui mangent les ordures sur la route… Arrivée à destination. Les ruelles parsemées d’ordures sont de terre battue. Il fait une chaleur à crever. Nous nous faisons reluquer avec une insistance très dérangeante. Exacerbation des sens: odorat, ouïe, vue, toucher, goût. Ce monde est fou. Les hommes sont des chiens en rut, dégueulasse… Faire abstraction et se concentrer sur la route sur laquelle on est contrainte de marcher car les trottoirs sont quasi inexistants et encombrés d’ordures. Et sur la route, tous les moyens de circulation se cotoyent dans un concert infernal de klaxons.

Respect, politesse, civisme. Ces notions n’existent pas ici, en tout cas pas au sens où les occidentaux les entendent. J’ai perdu le moindre de mes repères.

Direction Khan Market. Je m’éclate dans le rickshaw oubliant volontairement que c’est notre vie qui est en jeu. Je ne pourrai jamais conduire ici. Le quartier est un peu plus touristique et je me sens légèrement moins oppressée. Mais je garde en tête le souvenir amer de ces gosses des rues qui nous ont sauté dessus au feu rouge, se battant pour la dose de ketchup qu’il restait dans la boite à sandwich vide qu’ils nous ont arraché. Et cette petite fille s’accrochant à moi, qui a failli se faire écraser quand le feu est repassé au vert..

9 avril 2008 – Première nuit.

Première nuit indienne. J’ai chaud. Mais ce n’est pas le pire. Dehors, c’est la guerre. La guerre des chiens. Des milliers de chiens errants, pouilleux, aboient à mort. Il se passe des choses bizarres la nuit. C’est violent et l’angoisse me surprend. 7h ou 8h du matin et c’est au tour des marchands ambulants de te réveiller en hurlant « TAMARÉÉÉÉÉ ».

CONNAUGHT PLACE.

Des échopes et boutiques à n’en plus finir, des très belles choses aux horreurs. Un beau quartier, vestige de la colonie anglaise mais également (et surtout) un centre de pauvreté extrème. Femmes, enfants, vieillards, lépreux, infirmes s’aglutinent autour de toi, te touchent, t’attrapent, te suivent… Je perds le contrôle, je perds pied… Et en même temps je m’épate moi-même. Mais l’ambiance, le stress, la chaleur, l’excitation, la colère, le dépit et la soif me tournent la tête. Il faut fuir. Dans le rickshaw à l’arrêt, une femme avec un bébé me touche pour avoir à manger. Je n’ai rien à manger. Elle s’humilie posant son visage sur ma cuisse. Pourquoi fait-elle ça? Je suis choquée. Tout me dépasse. Je veux pleurer. Je ne suis pas ce qu’elle croit que je suis. Je ne gère plus rien. Rentrer.

Je me sens « lost in translation« . Epiée par tous comme une bête de foire ou un objet de convoitise selon le sexe et l’âge. J’ai l’impression d’être la plus belle pute du quartier…

To be continued…